mercredi, février 27, 2008

Hurley

Aujourd'hui au tabac, un type avec un tee-shirt AC/DC : "Bonjour monsieur, je voudrais un paquet de Camel, et deux Astro Capricorne à gratter, s'il vous plait." J'ai trouvé ça trop mignon.

J'ai vu un reportage sur les gens qui ont gagné au Loto. Ils sont devenus fous en quelque sorte, ou vraiment, complétement, seuls. Ou alors, ils ont ouverts un commerce et travaillent dix fois plus qu'avant, comme si rien ne s'était passé. Ils disent que l'argent les a rendu heureux. Mais je n'ai jamais vu des gens qui niaient et refoulaient autant la portée existentielle de leur aventure. Les gens de la Française des Jeux ressemblaient à des scientologues, extrêmement gentils, affables, positivant tout, posant des questions très intimes tout le temps. Ils organisent des rencontres à Biarritz entre gagnants millionaires, pour que ceux-ci se sentent moins seuls, et ils les filment.

Je ne sais pas pourquoi (sans doute parce que je suis pauvre), mais l'autre jour, j'ai un peu honte, j'ai acheté un billet de Loto.
Hé bien, aujourd'hui, sans regarder les résultats, je l'ai déchiré.
C'est bien non ?

Ah, sinon, mon vieux copain Wilfried* a signé un contrat discographique. Bzzz. Il est très heureux. Du coup, il a décidé de me baillonner un peu, pour un temps. Je lui laisse la parole, je sais qu'il en fera bon usage.

mardi, février 05, 2008

Poires en or




C'est quoi une pomme en argent ? C'est le fruit défendu des sociétés matérialistes. Le serpent qui se mord la queue. C'est impénétrablement sucré. C'est du LSD avec le gout du fer (du sang, le sang a le goût du fer), ça glisse chromé sur la langue et ça vient se loger quelque part dans votre cerveau, pépin de sort qui vous fait un destin. C'est Apple Machine.

Silver Apples - Silver Apples
Silver Apples - Contact
(je forwarde les liens)
En concert bientôt
(be there or die stupid)

jeudi, janvier 31, 2008

Je trouve les humains hautement illogiques

jeudi, janvier 24, 2008

People



Guy-Manuel de Homem-Christo (Daft Punk) attendait aujourd'hui devant un distributeur de la rue Lepic. Il fredonnait une chanson française en suivant des yeux les jambes d'une des mannequins du salon du prêt à porter qui allait visiter le café d'Amélie Poulain.

Stéphane Laporte (Domotic) a rêvé cette nuit qu'il était dans un grand hôtel, qu'il mâchait un chewing-gum et que le chewing-gum commençait à lui envahir la bouche, à recouvrir ses lèvres, à l'étouffer. Il s'est réveillé avec la bouche pateuse, il avait soif.

Un jour, Eric (Eric et Ramzy) s'est fait sucer par deux hôtesses de l'air dans une garçonnière des Champs-Elysées.

David Ivar Ya Ya (Herman Dune) a acheté des disques vynils en Suède. Une amie lui a offert un petit gilet en laine orange qu'elle a acheté en Inde. En regardant son dernier dessin, représentant Dale Cooper, il a dit : "C'est le salon des refusés".

Chiara Mastroianni (Chiara Mastroianni) s'ennuie pendant les tournages. Elle aime le glamour et les réceptions, mais déteste attendre entre les scènes. Pourtant, elle peut rester immobile très longtemps.

Chloé Delaume (Chloé Delaume) a autour du cou un pendentif en argent qui représente un cachet de Valium. Elle ne boit pas de champagne, mais du coca, avec une rondelle de citron. Et elle fait des colliers de perles qu'elle envoie à sa tante.

Wilfried Paris (Wilfried*) a tapé "Laure Manaudou + Nue" sur Google, qui lui a répondu : "Et Dieu recherche les photos de Laure Manaudou nue". Il a pris peur et a éteint son ordinateur.

mardi, janvier 15, 2008

Past, present, future

On a fini la saison 3 de "Lost" (deux derniers épisodes), et j'ai compris assez vite que les "flash back" étaient devenus des "flash forward". Je n'ai pas eu droit à l'effet de surprise final donc, mais l'impression était quand même très forte. Comme j'ai un rhume et une vilaine fièvre, j'ai passé toute la nuit ou presque à penser à "Lost", à me retourner dans mon lit, sur le ventre (flash back), sur le dos (flash forward), comme dans une boucle temporelle infernale. Mon médecin m'a prescrit deux jours de repos. Je me suis dit aussi que je n'étais "pas supposé" faire à peu près toutes les actions de ma vie quotidienne, comme Locke le dit à Jack au moment où celui-ci appelle les secours. Cela m'a conforté dans l'idée de la vie comme un grand ratage, où l'on passe toujours à côté de l'essentiel (un destin, un épopée, une métaphysique), par ignorance, peur ou paresse. Par contre, "Lost", comme expérience esthétique et expérience de pensée, met ici le spectateur dans une position quasi divine, panoptique, visualisant la réalité des personnages comme un grand X, la forme du sablier : le passé, le présent sur l'ïle, le futur, avec cette idée que c'est le présent qui détermine tout, et que nos actes au présent sont les plus importants. On est quelque part entre l'éthique d'Epicure et l'harmonie préétablie de Leibniz, avec un zeste de Lewis Carroll (la scène où Benjamin suit le lapin blanc au delà des barrières soniques + l'épisiode "through the looking-glass") et un peu de théologie négative : Jack est comparé à "Moïse" dans le dernier épisode, mais on s'aperçoit que son statut de "sauveur", de héros, mène à la ruine et à la mort (j'imagine que c'est la tombe de Ben Linus qu'il va visiter dans le funerarium). Je continue de voir "Lost" comme une métaphore du purgatoire, mais je suis curieux de voir si les "flash forward" vont se poursuivre, et si le futur va être peu à peu modifié par les décisions que vont prendre les résidents de l'île. Pour le reste, je ne sais pas trop : Jacob, Ben Linus, les natifs et les rescapés, Dharma et Hanso, il y a beaucoup d'éléments encore obscurs. Je me demande surtout quel est l'effet produit chez le téléspectateur, qui chaque semaine, prend sa dose de "Lost" (dose qui agit sur son inconscient tout le reste de la semaine, un peu comme une séance chez un psy). Ca me fait penser aux sectes psychédéliques des 60's-70's, qui utiisaient les psychotropes pour manipuler leurs adeptes, sauf que je ne vois pas trop où ils veulent en venir. Je crois que l'idée générale est que l'on doit apprendre à reconnaître ce que l'on est "supposé" faire de notre vie, et à ne pas nous éloigner de la ligne de notre destin. Il y a un truc bouddhiste là-dedans : laisser tomber l'ego et se laisser porter par le destin (qui est sans doute toujours beaucoup plus riche que ce que la société-le monde nous propose). Let it be...



Demon Fuzz - Afreaka! - 1971- Past Present And Future.mp3

jeudi, janvier 03, 2008

Je suis une légende



Quand j’étais enfant, mon père fumait des Gitanes et des Gauloises, et il les fumait vivantes, elles partaient en fumée dans sa bouche, sa gorge et ses poumons, incinérateurs de Gitanes et de Gauloises, usine de destruction massive de Gitanes et de Gauloises, chambres à gaz génocidaires de Gitanes et de Gauloises, toutes ces pauvres femmes qui ne lui avaient rien fait. Mon père était le diable.

Puis j’ai voulu devenir un être humain, et fumer faisait partie des caractéristiques. Je me sentais vivant, même si je savais donner la mort. Car tout s’était déplacé, la cigarette devenait guerre en Irak, génocide du Rwanda, 11 septembre. Revendiqués, je jouissais.

La fumée réunissait les comploteurs génocidaires dans un salon ou une cave, elle circulait entre les bouches et les narines, imprégnait les conversations, on était entre nous à préparer l’atmosphère d’une planète future. Reliés comme la religion relie.

Bien vite, la toux se fit menaçante, et la population terrestre amenuisée, on donna des mots d’ordre, on mit les points sur les i. C’était tout ce que je demandais, un peu de vérité.

Je déclarais « Je n’ai pas arrêté de fumer. Je suis non-fumeur ». La croissance démographique repartait.

Plus tard, je retournai au stade oral, mangeant beaucoup, buvant beaucoup, tétant les seins des femmes, suçant des bites non, ramassant les mégots par terre dans les couloirs, je repris le tabac comme dans une comédie de remariage.

Enfin, on nous sépara de force, un petit homme bâclé à la 6-4-2 misant camisole chimique et télévision plasma, internement et centres de rétention, interdictions de réunion et abonnements satellite, ballon ovale (oxymoron) et seul contre tous, loup pour l’homme et il n’en restera qu’un, coupez-lui la tête et non ne la coupez pas. Seul sur Terre comme Will Smith.

Aujourd’hui que j’ai tout fumé, mon père monte les escaliers, frappe à la porte et me dit avec un petit sourire : « J’ai gagné. ».

mercredi, décembre 26, 2007

Noël




Paisleys - Now!.mp3

lundi, décembre 24, 2007

Eczemarbre



L’autre jour, Caroline, qui a beaucoup d'eczema, a lu Doublez votre mémoire, le journal graphique de Philippe Katerine, et cet article dans le journal, sur une femme-arbre, avec cette photo.



Du coup, pendant la nuit, elle fait ce rêve :

« Une morgue et deux chirurgiens, sortes de savants fous, ont un bout de cœur sur la table. Ils se préparent à faire une greffe avec un autre cœur (qui n’est rien d’autre qu’un bout de steak pas très frais). Le temps presse car le cœur à greffer risque de mourir. La première greffe ne marche pas. On prend un autre bout de cœur. On voit les terminaisons nerveuses sortir de ce nouveau bout de cœur (il y a plus de chances que la greffe fonctionne, il a l’air plus vivant) Les deux chirurgiens les collent et assez vite le nouveau bout de cœur se met à vouloir aspirer l’autre (sorte de cœur carnivore). Il faut donc l’empêcher en retenant les deux bouts très fortement de chaque côté, ce que font les chirurgiens. Les deux cœurs sont maintenant collés. La greffe a fonctionné. Il faut réanimer le cœur avant de le placer dans le corps de la fille morte noyée depuis des années (à qui le premier bout de cœur appartenait). Les chirurgiens utilisent des électrochocs. Il faut une dizaine d’électrochocs (sentiment d’acharnement thérapeutique) pour que le cœur se remette à battre. On entend alors une voix. C’est la bouche de la fille qui est reliée directement au cœur (sans le reste du corps) qui se met à parler. On ne comprend pas trop ce qu’elle veut dire. Je comprends qu’elle parle d’avant sa mort, avant sa noyade. On voit sa bouche. Elle est pleine d’algues vertes cylindriques collées aux dents, comme une invasion parasite, ce qui rend sont articulation difficile. Elle se plaint un peu du goût désagréable et d’une impression de pourriture. Elle ne comprend pas trop où elle est et se demande si elle est morte et si c’est à ça que ressemble la mort. Elle commence à comprendre qu’elle est ressuscitée... Elle s’évanouit. Je me réveille. »

mercredi, décembre 19, 2007

Il était reveneure



Bon, puisque personne ne réagit plus que ça, je me permets de vous mettre deux questions posées à Daft Punk dans le dernier Chronic'art, en kiosque, histoire que vous alliez l'acheter de ce pas. (copié-collé, manquent les italiques)

Votre œuvre est dialectique : elle semble parfois dénoncer une sorte de totalitarisme robotique (comme dans le clip de Technologic qui met en scène la propagande d’un androïde au sommet d’une pyramide) et en même temps elle joue de cette imagerie, pour frapper les esprits. Le clip de Around The World montre aussi comment les robots entourent et surveillent la population ; ils sont dans le dernier cercle, et ce sont eux qui scandent le slogan « Around the world ». Est-ce que le clip dénonce la surveillance sur nous du non-humain, ou est-ce qu’il nous conditionne pour l’accepter ? On ne sait jamais vraiment si vous dénoncez un complot contre l’humanité, ou si vous y participez. Votre utilisation du langage est également dialectique. Votre langage est épuré, relève du slogan et du mot d’ordre totalitaire (Technologic), et si on le prend à la lettre, c’est ce qu’il est : la phrase « Television rules the nation » peut être comprise comme l’affirmation d’un état de fait. Elle relève alors de la contrainte, de la manipulation. En même temps, la distance qu’impose la représentation peut donner aux mots un double sens et y adjoindre une critique de cet état de fait, voire la dénonciation d’un pouvoir totalitaire. En cela, ça nous rappelle la « Doublepensée » dans 1984 d’Orwell : la capacité à accepter simultanément deux points de vue opposés et ainsi mettre en veilleuse toute pensée critique. Où vous situez-vous dans cet entre-deux ?

TB. : Mais c’est dans ce paradoxe-là qu’on évolue. Notre expérimentation, on la fait au cœur du système ; ce serait totalement obscène de pencher plus d’un côté que l’autre, de se revendiquer d’un système totalitaire, comme de donner des leçons. C’est parce que c’est si intéressant qu’on a refusé toutes les explications en promo pour Human After All, parce qu’il ne pouvait pas y avoir de notre part une volonté affichée d’encourager les gens à acheter le disque, du fait de ce paradoxe-là. Parce que c’est comme un regard neutre sur la technologie, sur la société de consommation. Le clip de Technologic donne plutôt des clés pour arriver à une lecture ironique et flippée du morceau, mais il a été ensuite utilisé par Apple dans une publicité pour l’iPod, et là les slogans se sont révélés comme étant une apologie béate de la technologie ! C’est amusant de voir à quel point le double-message a effectivement fonctionné. C’est pour ça qu’on se réfère si souvent à Andy Warhol, à travers son rapport à la culture populaire, une approche expérimentale qui, selon les projets, a autant sa place dans les milieux très élitistes et confidentiels que dans les rayons des supermarchés. Créer avec perplexité, en somme.

Vous utilisez pourtant des symboles très fortement signifiants, comme les robots ou la pyramide. La pyramide que vous utilisez sur scène est un symbole maçonnique. Elle est sur les billets de 1 dollar, avec George Washington et la mention « Nouvel Ordre Mondial ». La pyramide représente la structure de la société, depuis la masse jusqu’aux élites, aux dirigeants. La pierre angulaire sur laquelle apparaît cet « œil qui voit tout » représente pour certains le summum de la technologie qui, lorsqu'elle sera devenue pleinement opérationnelle, fera en sorte que le « Nouvel Ordre Mondial » pourra vraiment commencer à se manifester et à se réaliser sur Terre. Certains l’interprètent comme la construction d’un dieu technologique, un œil technologique qui verrait tout, à travers une surveillance généralisée. Dès lors, la présence de robots comme opérateurs de cette pyramide, prend un sens très fort. Comment vous situez-vous par rapport à ces symboles, à cette histoire ?

T.B. : On travaille beaucoup sur le sensoriel, sur la force des symboles sur l’inconscient, et la pyramide, en effet, est un symbole très dense, au niveau du sens. On ne cherche pas à discuter les détails de ce symbole, mais à interroger sa force, dénuée de son histoire. La pyramide est devenue un symbole parce que géométriquement, harmoniquement, c’est un objet magique, occulte, mystérieux. Il y a cette même puissance mystérieuse et occulte, à la limite du paranormal, dans la musique. Personne ne peut vraiment théoriser sur les effets qu’a la musique sur le corps et sur l’âme, alors que c’est incroyable. On essaye juste de relayer cette magie-là de manière plutôt empirique. On pourrait pareillement réaliser des expériences sur la manière dont les intensités lumineuses ou sonores agissent sur le corps et sur les foules, voir quels types de sensations ou d’émotions sont provoquées par telle fréquence ou telle autre. Mais on ne pourra jamais vraiment expliquer le pourquoi de ces effets.
G-M.H-C. : Nous sommes les cobayes de notre propre univers. On a réussi à créer une sorte d’autarcie entre nous deux, qui nous permet d’expérimenter d’une même voix, et ce qui marche sur nous a tendance à marcher sur le public, c’est comme un petit miracle. On a mis une pyramide sur scène parce qu’on trouvait ça super, et ça fait tripper tout le monde.



Et puis, on a fait les gonzos aux Transmusicales de Rennes ici. On s'est bien amusés. Je me levais le midi, je prenais un café, je tapais mon compte-rendu d'une traite, je relisais pour corriger les fautes d'orthographe, et j'envoyais l'article. J'avais l'impression d'être un journaliste beat, qui déroule, à la Kerouac.



Enfin, pour justifier tout ça, je me permets de citer Pacôme Thiellement (Pacôme dit toujours mille fois mieux que moi les choses que j'aurais aimé dire moi-même. Toutes mes intuitions sont explicitées par lui clairement et distinctement, avant même que j'ai pu tenter de les formuler. En cela, il est pour moi une référence, un repère, une sorte de maître (d'école, de kung-fu, maîtrise et exemplarité, il détesterait être un maître pourtant), et donc l'occasion de réelles frustrations. Pour ainsi dire, il m'ôte les mots de la bouche, et il a toujours le dernier mot. Le dernier mot, c'est celui qui épuise tout discours. Du coup, entre le silence qu'il m'impose ainsi et la nécessité de trouver ma voie propre (le gonzo, la musique, le blog tout bête), je me sens obligé de parfois reprendre certaines de ses idées (sur l'amitié pop, le "tour magique et mystérieux", qu'il a parfaitement analysé dans son livre "Poppermost" (lisez-le), dans certains de mes articles - sur Daft Punk, sur "La France", de Serge Bozon). Pacôme, si tu me lis, ne m'en veux pas hein, mais continue, ça me donne l'occasion, entre le silence et l'imitation, de progresser, de mettre la barre un peu plus haut, et de trouver ma voie, dans le fourmillement des idées qui sont dans l'air au dessus de nos têtes, je trouve les miennes, aussi, et c'est assez joyeux...) :

"Toute l’histoire de la pop music est divisée entre une dimension exotérique (qui se mesure à la reconnaissance populaire, au succès public) et une dimension ésotérique, qui se confond avec l’histoire des controverses sur le sens et la signification des disques, et leur influence sur les auditeurs. Mon hypothèse de base est que la pop music, en tant qu’elle a généré un certain type de culture, a des implications à la fois politiques et métaphysiques – ce qui entraîne automatiquement des débats infinis sur le sens général de ces implications, que ce soit le sens qu’on leur a attribué ou le sens qu’ont voulu lui donner les musiciens eux-mêmes. Parfois, comme dit saint Paul, « je fais le mal que je n’ai pas voulu, je ne fais pas le bien que j’ai voulu ». Parfois, par contre, ce qui est à l’intérieur est à l’extérieur et ce qui est à l’extérieur est à l’intérieur, et il ne tient qu’à nous de le saisir « comme un couple d’opposés » (comme dirait le premier pop philosophe du XXe siècle, j’ai nommé : Carl Gustav Jung). Si cette opération est délicate, c’est parce que les chansons pop sont fondamentalement plaisantes, et qu’il n’y a rien de plus difficile pour un homme que de partir de ce qui lui procure du plaisir pour en rechercher les causes, et en désocculter toutes les implications souterraines. Le « plaisant » ne questionne pas l’homme, puisqu’il le rassasie. Lorsqu’un malheur nous arrive, ou lorsque quelque chose nous déçoit, nous cherchons à comprendre pourquoi, et nous entrons dans une démarche (souvent malheureuse, souvent tronquée – mais qu’importe) de connaissance. Lorsque quelque chose nous plait, lorsque quelque chose nous ravît, on s’arrête là, on trouve presque ça normal, on en demande pas plus, on ne veut pas « se prendre la tête ». Notre relation naturelle au savoir est une relation par défaut : nous ne pensons à avoir à apprendre que de nos erreurs (pour ne pas les reproduire) ; pourtant, la réussite ou la joie sont des opérations psychologiques tout aussi mystérieuses.
La pop culture est composé de produits sucrés, de choses faciles ou apparemment faciles. Travailler dessus pour en comprendre le sens vous fait vite passer pour un paranoïaque ou un mauvais plaisant. On ne s’étonne pas qu’un homme puisse passer une vie à relire « Ulysse » ou à étudier Heidegger, par exemple ; mais « Sgt. Pepper’s lonely hearts club band » ou un sketch des Monty Python, si. À quel point ce trait de la personnalité humaine, représentatif de sa relation à la « culture » ou aux « cultures », est justifié en soi, je n’en sais rien. À quel point Lennon et McCartney sont nécessairement moins artistes ou moins philosophes que Heidegger et Joyce, je n’en sais rien non plus. Je trouve bizarre de ne pas se poser autrement la question, c’est tout. Ce n’est pas parce qu’un disque des Beatles est facile à écouter qu’une enquête à son sujet est moins légitime. Quand vous commencez à être convaincu par ce que je viens de vous énoncer et que vous décidez de vous avancer dans une désoccultation de la culture pop, inutile de vous dire que vous rentrez dans un tunnel épouvantable, un souterrain, rempli de signes équivoques, de présages et de fausses pistes : c’est la dimension ésotérique de la pop music."

La suite, géniale, ici.



En passant, si vous aimez le Jabberwocky, il faut lire le petit livre "À travers le Jabberwocky de Lewis Carroll, Onze mots-valises dans huit traductions" de Bernard Cerquiglini, au Castor Astral. "Jabberwocky est un fantastique levier pour l’imaginaire, un casse-tête aussi pour les traducteurs qui voudraient respecter à la fois la musique et l’univers sémantique. En comparant et expliquant les traductions successives de Parisot à Artaud, d’Aragon à Roubaud, Bernard Cerquiglini, linguiste, médiéviste et angliciste, rend un hommage vibrant aux langues française et anglaise, et à cet art si particulier de la traduction."



En repassant, si vous voulez m'offrir pour Noël les "Ecrits Gnostiques" parus à la Pléiade, ne vous génez pas, hein.

lundi, décembre 17, 2007

Déchiquetages

Bon, c'est vrai que la "chanson du dimanche", c'est moyen à côté des "shreds" de StSanders sur Youtube. C'est odot qui me le fait remarquer en passant à la maison. "Shreds" veut dire "déchiquetage" et en fait je supporte mal d'en regarder deux d'affilée, j'ai une sorte de mal au coeur, de nausée, qui me prend. Comme si j'étais physiquement constitué (conditionné) pour ne pas supporter le "déchiquetage" d'un concert d'Eric Clapton. C'est grave docteur ? Sinon, pendant le Santana, j'ai des éclats de rire incontrôlables, complétement nerveux. Je crois qu'en fait, finalement, ça remet en question mon activité (à temps partiel) de musicien, le côté terrible du "tout le monde est artiste" qui retire toute nécessité (intérieure, etc) à l'activité de jouer d'un instrument et d'écrire des chansons, en 2007. C'est de la critique purement négative. C'est assez bon mais ça fait mal aussi.





jeudi, décembre 13, 2007

Pour rester dans la chanson française rigolote

Le dimanche, franchement, si vous êtes athée (ce qui est quand même la meilleure solution) et si vous n'en avez rien à foutre du football, la meilleure chose à faire, c'est encore une chanson.



jeudi, décembre 06, 2007

The Georges



Avec tout ça, j'en oublie que c'est un blog musique ici.

Donc, j'aime beaucoup The Brassens, qui font des reprises de Diam's, IAM ou Daft Punk à la manière de George Brassens, parce que c'est original, je trouve, de réinterpréter notre culture présente avec des formes du passé (en général, on fait l'inverse, des reprises quoi), et là bing, j'apprends qu'Universale, au moment de la mise en vente du CD de The Brassens ("Plus Dur, Meilleur, Plus Rapide, Plus Fort", rendant un hommage quasi lettriste, de l'ordre de la poésie sonore, pour ainsi dire, à la belle abstraction vide du tube (qui sonne creux, donc) des Daft Punk), Universale, donc, propriétaires des droits sur le répertoire de Mr Brassens, menace le groupe facétieux et inventif d'un procès et l'oblige à retirer de la vente ce bien bel objet au fond, devenu collector en deux jours et quelques secondes d'enchères futures et rémunératrices sur eBay. The Brassens devient donc La Pompe Moderne, patronyme autrement moins évocateur et plaisant, on en conviendra. C'est quand même bien dégueu, que la maison de disque de Patrick Bruel, qui se fait des couilles en platine avec la vente de reprises pourries de chansons mineures entrées dans le domaine public (pas de droits à reverser à quiconque donc), fasse son minable possible pour couler un petit projet indépendant mené avec passion et autant de talent. Putain de merde. J'ai parfois envie de devenir unabomber, sans blague.

Allez voir La Pompe Moderne, achetez le CD de La Pompe Moderne, soutenez La Pompe Moderne.

mercredi, décembre 05, 2007

Canard déchaîné

Je continue de me pincer quand j'entends ces deux mots, "Sarkozy", et "président", accolés, comme dans un rêve à la con, une farce - un vaudeville parfois même ! - ou un film de science-fiction débile de série Z. Sinon, quand je ne me pince pas, je me fais une piqure de rappel en allant lire, une ou deux fois par semaine, parfois trois, le blog agité de Sébastien Fontenelle, qui me dit que, non, je ne rêve pas. Que j'aime ce canard déchaîné !

Je crois pourtant rêver encore devant "Le droit de savoir" sur TF1 ce soir, que des raisons professionnelles un peu longues à expliquer m'obligent à regarder. Le même immonde Charles Villeneuve, qui le 1er mai dernier, entre les deux tours des élections présidentielles, faisait le portrait de "La France qui triche" (faux RMIstes, arnaques à la sécu, fraudes aux allocations familliales...), digne de la propagande d'une république bananière, nous gratifie aujourd'hui d'une communication marketée en règle pour nous inciter à consommer pour les fêtes : reportage dans les grands magasins parisiens avec leurs belles vitrines obscènes et les gens heureux des paquets plein les bras sur musique sautillante, reportage sur une pauvre famille française qui se met en quatre et se saigne pour payer ses cadeaux à ses marmots décérébrés (et qui le fait avec un sourire tout à fait sacrificiel, entraînant sans doute un fort sentiment de sympathie et d'émulation - 100€ minimum de cadeaux par enfants pour les fêtes - dans les chaumières illuminées par le lumière bleutée-UMP du petit écran), reportage sur les gentils petits chinois disciplinés qui travaillent dans les usines à l'âge de 16 ans, 60 heures par semaine et pour un salaire de misére (de quoi se plaint-on ici en France ? se demande tout haut Florence Parisot), reportage sur les gentils éleveurs français qui gavent des oies jusqu'à ce que leurs foies explosent, assurant qu'elles ne souffrent pas, et les méchants exploitants hongrois qui envahissent notre beau marché de Noël avec leur vilain foie gras gélatineux d'importation. Etc, etc, etc.

Bref, soirée infernale, qui me fait donc penser à ce cher Sébastien Fontenelle, qui écrivait l'autre jour :

"Christine Lagarde nous a prévenu(e)s: "Il faut arrêter de penser".

(Du moins était-ce dit sans fard.)

Et en effet, le régime et ses valets de la presse ne veulent pas que tu penses.

Et en effet, le régime et ses valets de la presse ne veulent pas que tu formules des critiques - sauf contre les grèves, sous leur encadrement.

Ils préfèrent que tu consommes

Cessez de penser: consommez!

("La montée en puissance de (...) l'idéologie de la consommation (...) constitue une part importante de ce que Noam Chomsky a appelé "la manufacture du consentement": l'acceptation de l'ordre social (...) est désormais assurée moins par la répression que par la séduction. (...) Une batterie de moyens sont mis en oeuvre pour entretenir une ardeur (...) consumériste (...) indispensable à la bonne marche du sysème (...)" (9).)

Tu crois que j'en rajoute?

Mais comme je disais on sait depuis le début de l'après-midi d'hier que Sarkozy a "voulu enterrer l'affaire" de l'UIMM - et vois plutôt ce que "Le Parisien", qui ne dit mot de cette info sensationnelle, préfère mettre ce matin à la une:



C'est tellement simple, au fond.

Si nos médias cessaient de mentir, et nous entretenaient un peu de ce qui se passe dans la vraie vie, nous pourrions penser à des trucs un peu énervants.

Nous pourrions observer qu'"au détour d'un amendement du projet de loi de finances 2008, les députés ont adopté, vendredi 16 novembre 2007, la suppression en France de l'impôt de Bourse", qui "portait sur les principales transactions boursières: régressif, il taxait les transactions à 0,3 % lorsqu'elles étaient inférieures à 153.000 euros, puis à 0,15 % au-dessus de ce seuil" (10).

Nous pourrions observer que le régime vient aussi "de "réformer" la fiscalité des dividendes, histoire de permettre aux rentiers les plus gras de payer un impôt de seulement 18 %, contre 24 % auparavant" - ainsi que me le faisait remarquer ce matin mon camarade Olivier.

Nous pourrions nous étonner de ce que Laurence Parisot, au lieu que de se faire toute petite au moment où l'affaire de l'UIMM jette une lumière crue sur les pratiques du patronat, exige tranquillement l'abrogation de la durée légale du travail.

Nous pourrions réaliser, finalement, que ce régime de guerre de classe(s) n'a d'autre objectif que de prendre aux pauvres pour gaver les riches dont par ailleurs il couvre les turpitudes.

Et qui sait: nous pourrions, même, en prendre ombrage.

Mais "Le Parisien" préfère que nous pensions à Noël, et pousse même la servi(abi)lité, "alors que les catalogues de jouets s'arrachent", jusqu'à nous "aider à choisir les cadeaux pour les plus petits": c'est toujours ça, n'est-ce pas, que les enfants des cheminots grévistes n'auront pas.

(Et, tiens, agade comme le monde est petit: France 2 ouvre ce soir son jité en demandant à des passant(e)s, manifestement ravi(e)s de contribuer à ce pur moment d'obscénité, ce qu'ils vont demander au Père Noël...)

Dis, tu sens, comme ça pue?"


Le reste est par là http://vivelefeu.blog.20minutes.fr/

mercredi, novembre 28, 2007

La France et l'enfouissement



Avant la guerre civile, l'état d'urgence et les pleins pouvoirs à Sarkozy, on peut même y voir une douce métaphore sur la résistance (comme action discrète, marginale, poétique).

Lire les articles sur Chronic'art
La chronique du film
La chronique de la BOF
Le long et passionnant entretien avec Serge Bozon



Bozon, qui raconte dans les notes de pochette de la BO (copier-coller, il manque toutes les italiques) :
Les chansons de La France ou l’enfouissement

Les chansons de La France sont une tentative de synthèse de la pop-sike anglaise (nerveuse, acide, rapide, comptine victorienne pervertie par l’arrogance) et de la sunshine pop californienne (solaire, éthérée, lente, horizontale, angélisme vocal alangui par la drogue), mais une synthèse enfouie, car les instruments et les conditions d’enregistrement n’ont rien à voir avec le matériel électrique en jeu (dans les deux genres cités) : ni basse, ni guitare, ni batterie, ni orgue... Les acteurs ont joué en direct et dans la nature, comme les poilus de 1917, sur des instruments acoustiques de fortune fabriqués, comme en 1917, à partir de matériaux de récupération (seau à charbon, boîte de conserve de cornichons) : guitare « charbonnière », « cornichophone » , violon carré , épinette des Vosges, etc.
Le plus grand groupe de sunshine pop, tout le monde le connaît : les Beach Boys. Mais qui trône au sommet de la pop-sike ? John Pantry, selon moi. Mais qui est John Pantry ?
Dans les années quatre-vingt-dix, j’achetais compulsivement tous les volumes des compilations de psyché sixties anglais comme les Rubble (Bam-Caruso), British Psychedelic Trip (See for Miles), Psychedelia (Tiny Alice), Syde Trips (Tenth Planet), Fading Yellow (Flower Machine Records), Circus Days (Strange Things are Happening), Incredible Sound Show Story (Dig the Fuzz)… Peu à peu, en lisant leurs notes de pochette, je m’aperçus qu’on soupçonnait un même homme de se cacher derrière les chansons mythiques de groupes « obscurissimes » comme The Factory, Norman Conquest, Peter and the Wolves, The Kinsmen, The Bunch, The Actress, etc. : John Pantry. Mais ce soupçon restait hautement hypothétique. Il y a des hommes dont la légende est « de l’étoffe dont sont faits les rêves ».
Quand Byron Coley a le premier soupçonné que les Homosexuals se cachaient derrière de nombreux disques merveilleux de post-punk DIY anglais, la raison qu’il a invoquée était la bonne : la volonté underground d’essaimer sans trace. Ici, rien de tel, comme je l’appris lorsque sortit enfin le seul et unique disque consacré à John Pantry, en 1999, chez Tenth Planet. Voici l’histoire de cet enfouissement involontaire dans un Londres mi-Charles Dickens mi-Tod Browning, telle que David Wells l’a patiemment reconstituée.
John Pantry, ingénieur du son des studios londoniens IBC ayant travaillé entre autres sur les trois premiers albums des Bee Gees, fut approché en 1967 par un entrepreneur famélique du bureau jouxtant les studios IBC, Eddie Tre-Vett, ex-batteur d’un groupe de jazz, ex-magicien comique et ex-architecte de tours, qui possédait depuis la fin des années cinquante sa propre agence de spectacles de cabaret et qui, comme tant d’autres, décida suite au British Beat Boom de devenir producteur de disques. Pourquoi a-t-il contacté John Pantry ? Pour des raisons économiques évidentes, espérant ainsi profiter des heures creuses du studio pour faire enregistrer gratuitement des chansons par quelqu’un dont il savait qu’il serait à la fois un technicien, un musicien et un compositeur (jouant et composant déjà pour le groupe obscur Sounds Around, dont je n’ai jamais réussi à écouter les deux 45 t.). Le premier résultat de leur association fut Little Girl Lost And Found, la quatrième chanson de ce disque, une reprise d’un morceau sunshine pop des Garden Club (disponible dans Fading Yellow, vol. 3). Tout l’écart séparant la pop-sike de la sunshine pop est déjà là : accélération du tempo, rythmique carrousel qui dynamise la chanson tout en épurant le jeu de batterie (en ternaire, comme souvent chez Pantry, cf. Red Chalk Hill, Smokey Wood), accentuation des ruptures qui décuple l’ouverture et l’envol du refrain, multiplication étagée des lignes de chœurs et excentricité de ces dernières (sans doute accélérées, comme on le faisait beaucoup à l’époque), voix plus incisive sinon cockney, morceau tournant sur lui-même, imaginaire Lewis Carrollien acidulé. Pourquoi John Pantry a-t-il ainsi transformé la chanson originale ? Contrairement à d’autres compositeurs mythiques et obscurs de l’époque, comme Bill Fay, je crois qu’il ne s’est jamais perçu comme un songwriter, tournant toujours autour des mêmes progressions mélodiques en tentant juste d’imiter l’écriture des Bee Gees (l’influence de morceaux comme Craise Finton Kirk Royal Academy of Arts est évidente) et de rattraper en marche le train du psychédélisme post-Revolver. A la manière de ces chansons tentant d’imiter sans y arriver le son et l’écriture Motown, qui constituent ce qu’on appelle la northern soul, il y a quelque chose de nu et de douloureux dans ce que John Pantry, en n’ayant pas réussi à rattraper ce train, légua quand même à la postérité.
L’enfouissement pendant trois décennies de son œuvre est une conséquence de la stratégie commerciale suivante de Tre-Vett : changer sans cesse de nom de groupe jusqu’à ce que l’un d’eux obtienne un succès, de sorte que cet heureux gagnant ne voie son passé entaché d’aucun échec. Evidemment, le succès ne vint jamais et les noms continuèrent à tourner pendant les deux années prolifiques de cette association dérisoire. De telles stratégies sont encore envisagées aujourd’hui. Un exemple : après l’échec de mon premier film, L’Amitié, un membre du Studio Action conseilla à Axelle Ropert (la scénariste) et à moi de changer de noms pour nos projets ultérieurs.
De nombreuses chansons proposées par John Pantry restèrent à l’état de démos, qui continuent à resurgir au fil des années (la dernière en date a été dénichée en 2006 et se trouve dans Fading Yellow, vol. 9). Celles qui furent enregistrées me semblent moins belles que ces démos. Pourquoi ? Concernant un tel genre strictement « de studio » (cf. Glasshouse Green, Splinter Red, apothéose du style pop-sike autour du suicide d’un jardinier, dont le texte anticipe tout l’imaginaire macabre de groupes comme les TV Personalities : Arthur the Gardener, etc.), entendre sans aucune orchestration ces chansons est une expérience révélatrice, car on se rend alors compte que, derrière l’imaginaire volontairement sur-anglais, sur-chargé et sur-circonscrit (la pop-sike n’a duré au fond qu’une année : 1967) se cachait sans le vouloir une émotivité nerveuse très pure. Je crois que la leçon vaut aussi pour le cinéma : au lieu de chercher directement à être universel, il vaut mieux rester au plus près de ce que l’on préfère, particularismes éphémères compris, car c’est la mise en scène qui décantera ensuite, « désorchestrant » l’esprit de chapelle pour mieux retrouver la ferveur nue des adeptes anonymes. Un exemple : certains des plus grands succès hollywoodiens furent signés par un réalisateur, Howard Hawks, dont les films ont pourtant quelque chose de profondément élitiste, mondain et désinvolte.
J’aime les cinéastes ambitieux, et même aux projets encyclopédiques, comme Eric Rohmer, qui hérite en cela de Balzac. Dans Mods, le garage était central ; dans Etoile violette, d’Axelle Ropert, le folk ; dans La France, la pop ; dans La Famille Wolberg, le prochain film d’Axelle Ropert (écrit avant le tournage de La France), la (northern) soul. L’idée est à chaque fois la même (mais rien n’est encore prévu pour le skiffle…) : traiter frontalement un genre musical donné en l’immergeant dans une fiction autonome, comme l’a réussi cette année Black Snake Moan, le beau film de Craig Brewer, pour le blues. Fiction autonome, cela veut entre autres dire fiction dont les personnages et les péripéties n’ont rien à voir avec les courants en jeu (pas plus de musiciens ou de managers que de scènes de concert ou de soirée) et fiction qui ne mobilise pas l’imagerie associée (pas plus de Lambretta dans Mods que de patchouli dans Etoile violette ou de costumes Carnaby Street dans La France). Encyclopédie strictement musicale, donc. Une question : comment expliquer que, relativement à des genres aussi différents que la soul, le rock et la pop, les deux meilleures années furent les mêmes, 1966 et 1967 ?
Les compositeurs et arrangeurs des chansons du film sont Fugu et Benjamin Esdraffo. Le premier vient plutôt de la sunshine pop, le second de la pop-sike, d’où le croisement attendu. J’ai rencontré Fugu en réalisant le clip de Here Today, le single de son second album. Benjamin Esdraffo est un ami depuis le lycée. Il est critique, cinéaste, pianiste de Barbara Carlotti, et aussi l’assistant de tous mes projets (La France non inclus).
Les chansons dans des films qui ne sont pas des comédies musicales, c’est risqué (car une partie du public ricanera d’office). S’inspirer des deux genres cités dans des scènes filmées en son direct avec des acteurs qui ne sont pas des chanteurs l’est aussi. Comme le croisement 1917/1967. Comme le choix de la franchise sentimentale dans les paroles de chansons qui tentent de relancer la piste romanesque initiale du film, forcément absente à partir du moment où Sylvie Testud rencontre la troupe (se faisant passer pour un homme, elle ne risque pas de parler de son amour perdu à ses nouveaux camarades). Comme le fait, quand on est un homme, de chanter des chansons d’amour du point de vue féminin (une tradition du folk primitif des années vingt). Ainsi de suite. En multipliant les risques, on est sûr de deux choses : échapper à l’académisme et, si ça passe, puisque ça passe ou ça casse, faire décoller les scènes.
Un des moyens d’intensifier le risque de l’élan que prend l’acteur lorsqu’il chante, et donc l’émotion du spectateur devant cet élan : le son direct. Au montage, lorsque je changeais de prise à l’image, je changeais donc aussi de prise au son, même si les musiciens du film ne jouent jamais exactement au même rythme. Au mixage, si un chanteur passe du champ au hors-champ ou s’éloigne dans le champ, le volume de sa voix fut baissé, et de même pour les instruments, d’où les changements de balance dans les chansons tirées directement du film qui, sans les images, peuvent déconcerter.
Une note technique : l’enregistrement des chansons comportait trois difficultés principales. La première concerne la nature de la musique, qui n’est pas faite pour être jouée en plein air sur des instruments acoustiques, et qui suppose un micro par instrument et par voix. En effet, une des différences séparant la pop (éventuellement française) de la chanson française est l’importance des chœurs. Pour avoir de la marge au mixage, il fallait donc faire comme en studio, i.e. essayer d’enregistrer chaque source séparément. La deuxième difficulté complique la première : quel qu’en soit le nombre, les micros doivent être évidemment cachés, et la proximité des acteurs rend impossible d’avoir des pistes vraiment isolées. La guitare, par exemple, a tendance à « repisser » sur toutes les pistes, comme disent les techniciens. Et un micro caché dans un casque, cela n’enregistre pas un beau son. Enfin, la dernière difficulté concerne les musiciens, dont les instruments de récupération sont plus difficiles à jouer que des instruments classiques, et qui ne s’entendaient pas toujours (par exemple, dans la deuxième scène musicale, Guillaume Verdier s’éloigne en marchant de tous les autres, alors que c’est lui qui chante le lead). Pour toutes ces raisons, les ingénieurs du son musique (Laurent Gabiot et Maïkôl) ont décidé d’utiliser un système Pyramix avec 25 micros, dont 16 HF.
Eddie Tre-Vett a abandonné la musique depuis trois décennies et travaille maintenant dans l’industrie immobilière associée au secteur des loisirs. Le Daily Mail a parlé de lui en 1997 comme du « millionaire property tycoon Eddie Tre-Vett ». John Pantry est aujourd’hui pasteur dans son Essex natal et ne veut plus entendre parler de son passé pop. Chaque matin, ses concitoyens peuvent écouter son émission apologétique sur Premier Radio, intitulée Inspirational Breakfast.

Serge Bozon, octobre 2007


Du coup, redécouverte enchantée des compiles de pop-sike
Rubbles ici : http://lost-in-tyme.blogspot.com/2007/09/va-rubble-series-vols-1-20.html

ou A trip to Toytown là : http://lost-in-tyme.blogspot.com/2007/10/va-trip-to-toytown-119-top-toytown.html

Les pochettes sont illustrées par des photos de Lewis Carroll, si je ne me trompe pas.

L'auteur s'écrit à lui-même pour se dire des choses qu'il ne pourrait comprendre autrement (2)

Nous ne sommes que deux sur Terre.

La société de consommation n’a qu’un seul but : nous faire chier.

D'où la multiplication des petits pains et des boulangeries. Poussière, tu retourneras poussière.

La merde, ça a le goût de la Terre. Essayez.

Ces mots que je lis sont les mots que j’écris. J’écris avec les yeux. Car je suis tout seul. Tout seul.

On l'appelait "Monsieur Tout-le-monde". Il était gros comme un éléphant.

Vous ne rateriez pas un éléphant dans un couloir ?

Un nain géant.

Ce que j'ai devant les yeux fait écran.

Les gens m’appellent comme ça. Et je crois que c’est comme ça que je m’appelle. Je suis très bête.

En fait, il n’y a pas de voitures.

Ne mourez jamais.

Nous, les mots, nous sommes glissés entre l’oeil et l’écran comme du papier à cigarette. Nous sommes très fins.

Adieu, lecteur cruel.

Qui garde les gardiens ?



"Inspirer des passions tristes est nécessaire à l’exercice du pouvoir. Et Spinoza dit, dans le Traité théologico-politique, que c’est cela le lien profond entre le despote et le prêtre, ils ont besoin de la tristesse de leurs sujets. Là, vous comprenez bien qu’il ne prend pas tristesse dans un sens vague, il prend tristesse au sens rigoureux qu’il a su lui donner : la tristesse c’est l’affect en tant qu’il enveloppe la diminution de la puissance d’agir". (Deleuze, Vincennes 1978)

Contre la peur, le "n'ayez pas peur", et la "peur de la peur" (la peur dérivée de la peur que l'on subit):

"il est intéressant de contredire explicitement la doctrine pétainiste de l'événement néfaste, qu'ils déclarent être à l'origine de notre décadence, le Front Populaire pour Pétain, Mai 68 pour Sarkozy. Quiconque tient un point hétérogène au consensus pétainiste doit disposer, à titre d'allégorie personnelle, du recours public à des événements fastes. Il importe que l'immanence subjective ne soit pas celle, aggressive, policière et morose, qui prétend réparer les conséquences d'un événement néfaste, mais celle qui affirme être créativement fidèle à quelques événements fastes de la vie personnelle et politique. Tel amour ravageur, par exemple, ou la destruction de l'esclavage par l'insurrection noire à Haïti en 1793, ou le premier émoi délivré par la lumineuse démonstration, enfin comprise, d'un théorème mathématique très difficile. Ou la contemplation bouleversante d'un tableau abstrait. Ou Mai 68, naturellement. Notre travail, je veux bien qu'on le nomme 'résistance', à condition que la maxime de son courage comme les emblèmes événémentiels dont il se réclame soient affirmatifs."
(Alain badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ?)

Dale Cooper dans Twin Peaks : "Il faut se faire un cadeau par jour. ".

Le chef-d'oeuvre d'Alan Moore "The Watchmen" est réédité ces jours-ci.

Jump to conclusions.

mardi, novembre 20, 2007

Bruxelles - Guerre et paix



De loin, on dirait un peu David et Goliath, et en fait à Bruxelles, sous la Place Royale (toute la ville monte vers la place Royale), il y a le roi Albert qui fait face à la reine Elisabeth. Lui tendu vers l'horizon, le sabot du cheval levé, elle, un rameau dans les bras, le défiant, petite et droite. C'est assez étonnant.
Généralement, les statues des rois belges regardent vers l'horizon, dans la ligne d'une perspective, et ça m'a immanquablement fait penser à Dominique A, qui vit à Bruxelles.

Sinon, Amélie Nothomb a son casier à la Bibliothèque Royale.
Enfin, Bruxelles ressemble un peu à une bande-dessinées : les gens sont immobiles dans la rue, les immeubles sont des facades, tout ressemble à un décor, tout semble en deux dimensions. "Qui construit Bruxelles, et comment ?" est partout tagué sur les murs.