Thanatos

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« Type de pulsion postulé par Sigmund Freud en 1920 (dans Au-delà du principe de plaisir), la pulsion de mort concurrence les pulsions de vie (pulsion d'autoconservation et pulsions sexuelles) ou Eros, poursuivant des buts contraires. Alors que les pulsions de vie tendent à la liaison, la pulsion de mort tend à la déliaison : elle veut casser, réduire à néant, détruire, ramener le vivant à un état antérieur anorganique, et vise d'abord le sujet lui-même - tout comme le narcissisme primaire. Mais la pulsion de mort se donnerait rarement à voir en elle-même, libre et déliée comme dans la compulsion de répétition, parce qu'elle est "silencieuse" et "muette", et qu'elle est du reste souvent liée à une motion érotique. Dans Malaise dans la culture (1929), Freud parvient à la conclusion que c'est ce "combat éternel" entre l'Éros et la pulsion de mort qui a déterminé de manière fondamentale le développement de la culture humaine et a joué un rôle primordial dans la formation du surmoi. » (Wikipedia-ta-mère)



En voyant Control, le film sur Ian Curtis de Anton Corbijn, je me dis que le moment est venu de la pulsion de mort, cet oxymoron (toute pulsion n’est-elle pas vitale ? persévérer dans l’être et tendre à accroître sa puissance d’exister n’est-il pas le conatus de l’être humain ? – relire Spinoza). Le spectateur qui va voir Control (et je me suis fait avoir) veut juste aller voir un beau suicide, si possible avec tee-shirts Fred Perry et slips American Apparel sur corps dénudés de mannequins imberbes. On en déduit (on a la confirmation de) la morbidité intrinsèque du consumérisme (de la mode), du fétichisme de la marchandise, en plus de sa formidable capacité révisionniste et confusionniste (les fringues sont anachroniques, Ian Curtis était un nerd moche, pas un clone sexy de Pete Doherty). A part ça, et le grain, les ombres, les murs en pierres anglais, on va juste voir un beau suicide, on paie sa place pour un beau suicide, on y va en groupe et on retient notre souffle et on fait un silence de pierre tombale (collectif : de fosse commune) pendant les dix bonnes minutes que dure la préparation de la pendaison. Et de toute façon, on attend ça depuis les premières secondes du film, le suicide, c’est tout ce qu’on est venu voir finalement. Esthétisation de la mort, dégueulasse film de voyeur, à destination de foules entraînées à la pulsion de mort, orientées par les magazines de mode vers un suicide collectif, celui de l’espèce (pas pour rien que l’esthétique de Joy Division, ici remise au goût du jour, ait été dès le début celle de l’Holocauste ; pas pour rien que New Order s’appelle New Order), Control n’est même pas foutu de rendre le suicide de Ian Curtis crédible, pas foutu de rentrer dans la tête d’un homme qui se suicide (un type larmoyant sa vie de famille pourrie voit pendre une corde dans la cuisine et s’y attache). Trop compliqué, un homme qui se suicide. Les égyptiens du temps des pharaons considéraient toute mort comme un assassinat (ils croyaient en la vie éternelle). Deleuze (en bon Spinoziste) disait que la mort vient toujours du dehors, on est suicidé par l'extérieur plutôt qu'on ne se suicide : on est toujours le suicidé de quelqu’un. La mort de Deleuze a été un assassinat (il est mort le même jour qu’Yitzhak Rabin, si vous voulez un peu de complot métaphysique). La mort de Ian Curtis a aussi été un assassinat (par sa Yoko Ono de ménagère de femme qui coproduit le film, adaptation de son roman réédité). La mort de l’espèce sera un assassinat.



(Best comment youtube : “What's your tipple John? Crack or Smack? Maybe you are French and that would explain anything, Zut Alors mais ouis this track has certain qualities, if I had my own mall or was to valium commercial this is what I'd use, but compared to the original it stinks more then a paris subway train that is so packed that everyone is standing and raising their arms to hold on to the rail.”).
Hahaha.

2 commentaires:

Matthieu a dit…

Boah, dans le genre révisionnisme infâme, on a déjà eu les Ray, Dreamgirls et Walk The Line... Et puis quoi, parce qu'il y a la caution rock cred d'Anton Corbijn, et parce que ce sont les divisions de la joie, ça aurait dû être plus subversif donc meilleur ?

Le biopic rock n'est-il pas, par essence, une démarche qui consiste à rendre au peuple une référence autrefois obscure et créer des idoles fictives ?

A mon avis, Control ne fait que confirmer un truc : les seuls bons films rock sont ceux qui l'ont admis et n'ont pris pour figure principale que des rockstars inexistantes (Last Days, Presque Célèbre, Velvet Goldmine, Hedwig & The Angry Inch, pour les plus récents).

Matthieu a dit…

Enfin, j'en parle comme si c'était prévisible, mais si je n'avais pas lu ton post, j'auraispayé mon ticket (et me serais également fait avoir, donc). =)